FORMATION, ORIENTATION ET RECHERCHE POUR LA GOUVERNANCE

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AGRICULTURE ET GENRE: Enjeux de politiques économiques au Burkina Faso

Ils sont quatre chercheurs en économie, issus de quatre principales Universités du Burkina Faso, à présenter leurs résultats de recherche sur la problématique de subvention du capital agricole des femmes, en vue de réduire les inégalités et favoriser l’économie du Burkina, ce mercredi 29 mai 2019 à Ouagadougou à travers un atelier. Un des messages clés auxquels les Docteurs Patrice R. ZIDOUEMBA (Université NAZI BONI), Romuald S. KINDA (Université OUAGA II), P. Rita NIKIEMA (Université NORBERT ZONGO) et Mlle Diane HIEN (Université Aube Nouvelle, Bobo) sont parvenus est que « une politique de subvention du capital agricole en faveur des femmes pourrait non seulement aider à réduire les inégalités de genre au Burkina Faso, mais elle serait aussi favorable à l’économie et l’emploi à l’échelle nationale ». La réalisation d’une telle politique nécessiterait plus de 11,3 milliards de F CFA.


L’atelier a été organisé par le Centre d’Etudes, de Documentation et de Recherche Economique et Sociales (CEDRES) et le Laboratoire d’Analyse et de Politique Economiques (LAPE) de l’Université Ouaga II. Les résultats ont été présentés en présence du Conseiller Spécial du Premier Ministre, du représentant de Madame le Secrétaire Général du Ministère de la Femme, de la Solidarité Nationale, de la Famille et de l’Action Humanitaire, de représentants du Ministère de l’agriculture, et de l’économie des Finances et du Développement (MINEFID) et de la Directrice du Genre de la Commission de l’UEMOA et conseillers rattachés, ainsi que d’autres partenaires (SP-PNDES, PNUD, etc.) et des enseignants chercheurs.

 

L’étude placée sous la supervision technique de Partnership for Economic Policy (PEP) a bénéficié de l’appui financier du Département pour le Développement International (DFID) du Royaume-Uni (UK Aid), et le gouvernement du Canada par l’entremise du Centre de Recherches pour le Développement International (CRDI).

 

La cérémonie d’ouverture a été d’abord marquée par le mot de bienvenue du Professeur Idrissa M. OUEDRAOGO, Directeur du CEDRES. Il a fait comprendre que l’agriculture demeure l’un des secteurs qui contribuent le plus à la création de richesse au Burkina Faso, même si elle en crée de moins en moins ces dernières années. En moyenne, la valeur ajoutée de l’agriculture en proportion du PIB est estimée à 31% les dix dernières années. 93,4 % des femmes qui exercent des activités économiques travaillent en campagne au Burkina et le plus souvent dans des conditions précaires.

                                                   Vue des officiels

 

L’accès des femmes à la terre et aux intrants agricoles est inscrit dans les politiques nationales du Burkina Faso, en témoigne l’élaboration de la politique de sécurisation foncière et les lois visant à améliorer l’accès des femmes rurales pauvres à la terre.
A la suite du mot de bienvenue, le discours officiel d’ouverture de l’atelier a été prononcé par le représentant de Madame le Secrétaire Général du Ministère de la Femme, de la Solidarité Nationale et de la Famille et de l’Action Humanitaire, Monsieur Isaïe FORO. Il a mentionné l’importance du problème traité par les chercheurs.

                                                Vue des participants

 

Bien concevoir les projets et se poser les bonnes questions au départ afin de les mettre en œuvre, c’est une morale que le représentant du Ministre a confiée aux participants, après avoir raconté une histoire de projet d’élevage de buffle au Népal.
A l’issue de la cérémonie d’ouverture, les résultats de l’étude ont été livrés par Docteur Patrice R. ZIDOUEMBA de l’Université Nazi Boni et sous la modération de la Directrice de l’UFR-SEG de l’Université Norbert ZONGO, le Pr Eugénie W. MAIGA, Première femme agrégée en Economie en Afrique de l’ouest francophone.

 

Partis du constat que la productivité agricole des femmes est limitée par l’accès inégal aux ressources, différents scénarios de politiques de subvention de capital agricole ont été étudiés, à travers un modèle d’équilibre général calculable. Pour ce faire, des simulations ont été faites pour voir l’impact sur la croissance du PIB réel, sur la variation du revenu réel, sur la variation du chômage et l’effet multiplicateur des subventions. Des principaux résultats présentés, le coût annuel des différents scénarios varie entre 2,1 milliards et 11,3 milliards de F CFA.

Les résultats les plus significatifs, tant au niveau de l’impact économique que pour la réduction des inégalités, sont obtenus lorsque la subvention est double (hommes et femmes), mais discriminante c.-à-d. de 50% pour les femmes et 30% pour les hommes et lorsque celle-ci est financée soit par une partie de l’aide publique au développement ou, à défaut, par la fiscalité indirecte.

                                      Vue des participantes

 

Outre l’augmentation du PIB réel, cette politique permet une hausse plus importante du revenu réel des femmes (+1.02%) par rapport à celui des hommes (+0.52%), ainsi qu’une baisse plus importante du chômage pour les femmes (-1.34%) que pour les hommes (-0.83%). Le calcul du multiplicateur de la subvention révèle que l’accroissement du PIB réel est supérieur au montant de la subvention, quel que soit le mode de financement considéré, ce qui témoigne d’une forte rentabilité de ce type de dépense publique.

De façon générale, le financement par l’aide publique au développement présente le multiplicateur le plus élevé, suivi de la taxe indirecte (p. ex. TVA). Un autre avantage de cette dernière, par rapport à la taxe directe sur les salariés (qui arrive au 3e rang en termes d’efficacité), est sa « neutralité » - en ce sens qu’elle ne touche que les consommateurs finaux, de façon uniforme, et n’influence pas les incitations des producteurs. Enfin, le financement par déficit public présente non seulement le multiplicateur le plus faible, mais aussi l’inconvénient de creuser le déficit public (ou diminuer l’épargne publique), entraînant ainsi une sorte d’évic¬tion de l’investissement privé.

En termes de recommandation de politiques économiques, les auteurs sont d’avis que les autorités burkinabé auraient avantage à mettre en œuvre une politique de subvention du capital agricole pour tous (hommes et femmes), mais dont la valeur soit plus élevée pour les femmes. Et celle-ci devrait être financée soit en utilisant une partie de l’aide publique au développement ou à défaut par la fiscalité indirecte.

Photo de famille

 

Ce genre d’intervention permettrait non seulement de favoriser la croissance économique, mais aussi de réduire les inégalités de revenus entre les hommes et les femmes. Cela contribuerait aussi à réaliser simultanément les objectifs du Programme National de Développement Economique et Social (PNDES) et de la politique genre du Burkina Faso, tel que consignée dans le Document de Politique Nationale Genre (DPNG).

A l’issue de la présentation des résultats de l’étude, un partage d’expérience a été fait par la Directrice genre de l’UEMOA, Dr Barbara KY, sur les enjeux et défis liés à la participation des femmes dans le secteur agricole dans l’UEMOA. Cela a permis d’approfondir les discussions et échanges avec les participants à l’atelier.

 

Doctorants Abdoulaye SIRY & Pousseni BAKOUAN
Université Ouaga II & Université Norbert ZONGO

 

Lefaso.net

 



31/05/2019
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